Elle était allongée sur le ventre, nue. Je contemplais son corps abandonné et détendu. J’étais touché par la beauté de sa maturité, par le lissé de sa peau sur laquelle jouait la lumière douce des bougies de la salle, par son dos qui respirait tranquillement. J’étais là, présent à elle et à moi, immobile et centré, et tout mon être recevait la chaleur de son être, sans fard et sans apprêt. Nous nous étions salués auparavant, créant une bulle d’intimité et de paix. Tout était simple, dénué de toute intention sexuelle, et quelque chose d’irréel et de sacré se dégageait de l’atmosphère, comme si nous participions à un rituel très ancien.

Tout doucement, dans un geste lent et recueillis, je posais mes mains sur son dos à la hauteur l’une des omoplates et l’autre au bas des reins, comme s’il s’agissait d’une prière. Immédiatement, son corps fut parcouru d’une vibration. Avant même le contact des peaux, je sentis son corps énergétique, et mes paumes se mirent à pétiller intérieurement. Les corps se rencontraient, nos êtres se connectaient.

Puis mes mains commencèrent à bouger, pratiquement d’elle-mêmes. Comme à chaque début de massage, je sentis une pointe de trac. Le massage sera-t-il à la hauteur de ses attentes? Saurais-je retrouver la magie des gestes qui viennent comme une grâce? Cela me rappela le temps où je faisais du dessin et que je croquais des portraits ou des paysages. Le moment des premiers traits où l’on se demande si le dessin va « sortir », s’il va être réussi. Et l’instant d’après quand émerge la forme globale de la feuille blanche avec l’apaisement qui en naît. Quelques traits seulement, mais une certitude que c’est là, que c’est arrivé. Je ressens la même chose à chaque massage, les premiers gestes sont encore donnés un peu par « moi » par ma technique, jusqu’à ce que je sente que « c’est là », que la connexion est présente et que je n’ai plus rien à « faire ». Et là les doigts peuvent se mouvoir d’eux-mêmes sur le corps de la massée. Ils peuvent entamer leur sarabande, leur valse, leur quadrille, leur rumba…

Car le massage tantrique n’est pas un massage, mais une danse. Comme un tango où le masseur (ou la) masseur(se) serait celui qui guide et le (ou la) massé(e) serait celui (celle) qui est guidé(e)1. Mais comme dans le tango, cette présentation est superficielle et erronée. A un niveau plus profond le masseur est inspiré par la massée, et la danse qui s’ensuit traduit seulement la circulation d’énergie qui traverse les deux êtres, sans que l’on puisse dire si ce sont les doigts qui massent ou le corps qui appelle les gestes de massage.

Auteur: Jacques Ferber – Fondateur de Tantra Intégral et Auteur du livre ” L’amant tantrique”

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